Ville de Québec, mars 2003

 

 

Si on se préoccupe sincèrement du peuple irakien,

les plans de l'administration Bush

sont inacceptables et criminels.

 

Par : Michaël Lessard (MA Relations internationales ; en cours)

Courriel:  web [arobas] siriel.info  /  Cel: 418-254-6448

Document d'analyse et d'information rédigé pour le

Commission Paix du Réseau du Forum social Québec-Chaudière-Appalaches

(devenue plus tard la Coalition de Québec pour la paix)

et le Siriel-Média.

 

 

ABRÉGÉ & INTRODUCTION

 

Après la sanglante Guerre Iran-Irak financée en partie par des gouvernements occidentaux, après qu'une coalition internationale a volontairement bombardé l'infrastructure civile nécessaire à la vie lors de la Guerre du Golfe (1991) et après plus de douze années de sanctions punitives imposées à tout le pays, le peuple irakien a vécu plus de souffrances que nous ne pouvons même imaginer.  Alors que certains utilisent les violations des droits humains en Irak pour tenter de justifier cette invasion, l'approche imposée par les États-Unis depuis maintenant deux décennies écrase sans cesse les gens en Irak et renforce plutôt le pouvoir du régime de Saddam Hussein. 

De nombreux observateur-trices occidentaux ont visité l'Irak depuis 1991 — tant des citoyen-nes opposés à l'« embargo » que des journalistes professionnels — pour mieux voir comment pensent les Irakien-nes sur la rue.  Règle générale, ces voyages étaient aussi des gestes symboliques visant à créer un contact humain avec les vraies victimes des sanctions économiques internationales (surnommées « l’embargo ») imposées en partie par le Canada.  C'est en vertu de la grave situation humanitaire en Irak et de la perspective du peuple irakien, que nous considérons que les plans de l'administration Bush sont extrêmement irresponsables.  Au lieu de s'attaquer à une société déjà très fortement blessée, nous proposons plutôt un plan constructif et humaniste qui pourrait réellement changer la situation en Irak de manière long terme.  Demandons au Canada de mener des actions constructives pouvant renforcer une société civile en Irak ; une approche en accord avec l'esprit de la Charte de l'ONU.  À partir de ces contacts humains en Irak et des rapports des agences humanitaires, dont celles de l'ONU, de nombreux organismes ont déclaré avec conviction que c'était justement en tant que partisans des droits humains et des principes démocratiques, donc par respect pour les gens en Irak, qu'ils se doivent d'être contre les plans de l'administration Bush.

* * *


Sommaire du contenu

Partie I

Survol de la situation et de l'histoire récente de l'Irak

Résumé de comment les gens en Irak perçoivent ce conflit entre Washington et Bagdad. 

En présentant comment le peuple irakien voit la situation, il s'agira d'expliquer les effets potentielles ou prévisibles de cette guerre.

Partie II

Proposition d'un plan alternatif que nous jugeons plus responsable, constructif et compatible avec le droit international dont les droits humains fondamentaux.  Un plan qui serait vraiment en coopération avec les gens en Irak et que le gouvernement du Canada pourrait mettre de l'avant et concrétiser.  Pour nous, il s'agit du minimum de savoir-vivre international : l'approche logique si les États des Nations Unies se préoccupaient moindrement de la vie des gens en Irak.

Les enjeux ou les motifs de l'administration Bush.

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- Si on fait un rapide survol :

• Les États-Unis (É-U) ont appuyé Saddam Hussein dans sa prise violente du pouvoir.  Les gens en Irak le savent et s'en souviennent.

• Puis il y a eu une guerre sanglante Iran-Irak qui a causé la mort d'environ un million de personnes de part et d'autre ; cette guerre horrible était financée en partie par des gouvernements occidentaux (pour ne pas nommer le gouvernement des États-Unis, la France, etc.).  L'Irak s'est retrouvé fortement endetté, mais en ayant toujours des infrastructures civiles très enviables à travers le Proche-Orient et le Moyen-Orient dont des systèmes d'éducation et de santé universels.

• Ensuite la Coalition, durant la Guerre du Golfe (1991), a volontairement bombardé l'infrastructure civile nécessaire à la vie (ex.: centres d'épuration de l'eau ; aqueducs, etc.) : actes criminels en vertu du Droit humanitaire international.  Cette destruction incroyable a été confirmée, entre autres, par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).  Ainsi, la Coalition n'a pas seulement expulsé l'armée irakienne du Kuwait, elle a bombardé l'Irak de manière générale.  Selon l'OMS, le nombre de cancers s'est multiplé de trois à sept fois depuis les bombardements de 1991, surtout dans le Sud de l'Irak.  La cause étant une pollution généralisée : les déversements et feux de pétrole, l'utilisation d'au moins 300 tonnes d'uranium appauvri par les armées étatsunienne et britannique (des tiges d'UA sont placé à la pointe d'obus et de missiles), etc.

• Après une telle destruction néfaste pour les populations civiles irakiennes, le tout a été couronné par douze années de sanctions punitives imposées à tout le pays.  Il était absolument prévisible que de telles sanctions commerciales globales (Comprehensive trade sanctions) allaient provoquer une crise économique et surtout humanitaire généralisée pour ce pays.  Tragiquement, le système politique rigide du Conseil de sécurité de l'ONU, surtout le droit de véto de cinq pays ayant un siège permanent (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), a fait en sorte que lesdites sanctions sont restées en place jusqu'à ce jour avec, toutefois, l'ajout en 1996 d'un énorme programme onusien d'exceptions humanitaires surnommé « Pétrole-contre-nourriture » (le seul produit d'exportation légal est le pétrole qui finance ledit « programme humanitaire »).  Somme toute, un conflit diplomatique entre le Conseil de sécurité et le gouvernement irakien a eu comme résultat environ 6 années de blocus quasi total sur toute exportation en provenance de l'Irak !  Pendant ce temps, des centaines de milliers de civils irakiens sont morts de manière cruellement prématurée par cause de ce blocus.  Malheureusement, même si le programme « Pétrole-contre-nourriture » a diminué le nombre de décès, les agences humanitaires oeuvrant en Irak ont affirmé à de très nombreuses reprises qu'il était impossible pour ce dernier de mettre fin à la crise économique et humanitaire causée par un tel régime de sanctions économiques globales (ex.: UNICEF 1997-2002)[1].  « Le Comité international de la Croix-Rouge a déclaré, à maintes reprises, qu'aucune aide ne peut se substituer à l'économie d'un pays tout entier ni subvenir aux besoins de base de 22 millions de personnes ».[2]

 

Brève descriptions des effets néfastes des sanctions économiques (l'embargo)

Source : Rapports des Nations Unies (http://droitvp.org/Irakblocus.html).

• Les prix ont monté de manière fulgurante et la valeur du dinar irakien s'est effondrée : le pouvoir d'achat des Irakien-nes est donc quasi nul sur leur propre marché.  Les viandes et les fruits, par exemple, sont devenus des produits de luxe accessibles qu'aux plus nantis.  La société irakienne est passée d'une grande classe moyenne à une pauvreté de masse.

• Selon l'ONU, 16 millions de gens, sur une population totale d'environ 26 millions, sont dépendants de rations humanitaires.

• Alors qu'avant la Guerre du Golfe de 1991, au moins 85 % des gens avaient accès à de l'eau potable, seulement de 30 à 50 % y avait accès en 1999.  En effet, l'embargo a limité la reconstruction et a causé des pénuries de chlore et de pièces de rechange...

• En 1990, le taux de mortalité infantile était de 65 sur 1000, mais était le double en 1995, soit 119 sur 1000.  « Pétrole-contre-nourriture » a baissé ce taux à 103 sur 1000 en 1998, ce qui place malgré tout l'Irak parmi les 37 pires pays du monde pour la mortalité infantile.

• L'indice de développement humain (IDH) :  l'Irak était parmi les 50 meilleurs pays sur 130 en 1990 (avant la guerre du Kuwait).  De 1990 à 1995, il a chuté au 106e rang sur 175 puis, en 2000, il continué sa descente au 126e rang sur 175 pays (UNICEF 2002).

• Les données empiriques des Nations Unies permettent d'estimer que ces sanctions économiques ont causé la mort prématurée de plus ou moins un million de personnes.

• En 2002, la Sous-Commission de la promotion et de la protection des droits de l'homme des l'ONU a affirmé :

 (...) rappelant la situation désastreuse de la population iraquienne, causée par l'embargo décrété il y a 12 ans; tenant à réaffirmer que les mesures telles que les embargos doivent être limitées dans le temps, ne devraient en aucune manière affecter des populations civiles innocentes et, pour d'évidentes raisons humanitaires, devraient être levées même si les objectifs visés n'ont pas encore été atteints; réaffirmant la nécessité de respecter la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme et les dispositions pertinentes des Conventions de Genève du 12 août 1949 et les deux Protocoles additionnels s'y rapportant qui interdisent d'affamer des populations civiles et de détruire ce qui est indispensable à leur survie; soulignant que de telles situations posent un sérieux dilemme moral pour les Nations Unies (...)[3]

 

Nous estimons qu'une lecture lucide de la réalité historique récente de l'Irak devrait nous amener à considérer que les gouvernements occidentaux n'ont jamais vraiment essayé des moyens non violents ou constructifs.  Autrement dit, il nous semble essentiel de noter que les approches privilégiées par les États-Unis depuis maintenant deux décennies ont eu pour effet d'écraser sans cesse les gens ordinaires en Irak et de renforcer plutôt le pouvoir du régime de Saddam Hussein.  Aussi, une telle lecture est en contradiction totale avec le discours du gouvernement étatsunien selon lequel tous les moyens diplomatiques ont été épuisés : ce sont plutôt des moyens violents incessants qui ont fini par détruire toute possibilité d'avancement diplomatique et constructif vis-à-vis de l'Irak.

 

- La perspective des gens en Irak...

Après tout cela, l'administration Bush a décidé de lancer une autre guerre contre l'Irak.  Les Irakien-nes se retrouvent totalement pris au piège sous des sanctions qui les écrasent, qui les mettent en situation de survie.  Les gens sur la rue en Irak nous supplient de lever les sanctions, parce que ce sont nécessairement les plus pauvres et les plus innocents qui souffrent et qui se meurent.  Ce n'est pas une simple propagande du régime irakien : il y a vraiment une crise humanitaire qui va devenir une catastrophe encore plus horrible si les bombardements détruisent certaines infrastructures civiles essentielles, en particulier à Bagdad où habitent près de 5 millions de personnes.  Les guerres récentes démontrent que l'armée étatsunienne n'y va pas de main morte et qu'il y a un risque réel qu'elle va piloner Bagdad de manière massive dans les dernières phases de l'invasion.  Selon l'ONU, environ de 4 à 9 millions de personnes risquent de tomber en situation de famine ; certain-es trouveront la mort si une aide très massive n'est pas fournie.  Concrètement, une telle destruction provoquerait un manque d'eau potable et de nombreuses maladies mortelles dans un contexte où il y a déjà une crise humanitaire dont des pénuries de médicaments.  Notons aussi que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux réfugiés prédit au moins 900 000 réfugié-es et peut-être deux millions de personnes déplacées.  C'est pourquoi l'OMS prédit, en plus d'environ 100 000 blessés durant la guerre, la mort de potentiellement 400 000 Irakien-nes par cause de maladies et d'absence d'eau potable suite à la guerre.  Évidemment, il se peut que nous ne soyons pas informés par les médias des gens qui meurent de faim ou de maladies.  Étant donné le fait de lancer une agression massive, sans d'abord créer un plan avec l'ONU pour mettre fin à la crise humanitaire, n'est-il pas très justifié de se demander si la « Coalition des volontaires » menée par les États-Unis veut vraiment le bien du peuple irakien ?

 

Mais le peuple irakien, ne veut-il pas faire tomber le régime de Saddam Hussein ?  Il importe au plus haut point de reconnaître que ce régime viole de manière massive les droits humains les plus fondamentaux et que de nombreux observateur-trices indépendants et crédibles rapportent qu'une majorité d'Irakien-nes n'apprécient pas ce dernier et plusieurs souhaitent qu'il tombe.  Il semble exister un sentiment généralisé que ce président-dictateur maintient volontairement un conflit avec les États-Unis qui place l'Irak dans une situation horrible pour tout le peuple.  Par contre, les Irakien-nes ont aussi le sentiment qu'il est impossible pour l'Irak de prouver n'avoir aucune armes de destruction massive, et donc qu'il est impossible que les sanctions soient levées ni même de mettre fin au conflit, tellement les E-U et la G-B contrôlent le jeu selon leurs propres plans.  Les Irakien-nes se souviennent que, lors de la révolte populaire en 1991 contre Saddam Hussein, juste après la Guerre du Golfe, la Coalition n'a offert aucune assistance, au contraire, celle-ci a délibérément laissé les hélicoptères du régime massacrer la révolte.  Ainsi, ce que les gens voient, c'est que les deux pays (E-U et G-B) qui ont tout fait pour que des sanctions vraiment trop sévères et même meurtrières restent en place sans arrêt, les pays qui ont laissé la révolte populaire se faire massacrer alors que leurs armées étaient pourtant sur place, ce sont les mêmes pays qui prétendent vouloir les « aider » aujourd'hui.

En dernière analyse, si nous respectons réellement la volonté des gens en Irak, il faut avant toute chose entendre leur appel pour une levée urgente de ces sanctions qui les écrasent sans pourtant qu'elles n'affaiblissent la dictature.  Les Irakien-nes ont bien compris que le gouvernement étatsunien se fout de leurs droits humains ou démocratiques.  En effet, il est un fait objectif que les bombardements et les sanctions ont tué bien plus de gens que la répression de Saddam Hussein.  Plusieurs autres facteurs font aussi en sorte que le peuple irakien doute que Washington veuille une démocratie autre qu'électorale (le droit de voter, sans plus).

En voici quelques-uns :

- La majorité des musulmans en Irak sont de culte chi'ite et ont donc des affinités avec les musulmans chi'ites de l'Iran.  En 1991, les É-U ne voulaient pas d'une démocratie dans laquelle la majorité chi'ite serait alliée à l'Iran ; cela explique pourquoi la Coalition a préféré laisser la révolte populaire mourir sous ses yeux.

- Cette situation veut aussi dire que les Irakien-nes savent qu'il y aura une force d'occupation qui va les pacifier, par la force évidemment.  Le peuple irakien est en droit de se demander « Est-ce vraiment nous, les gens en Irak, qui pourront choisir comment fonctionnera notre pays ? ».  On peut avoir un gouvernement élu, mais qui ne respecte pas pour autant la volonté des gens.

 

- Évidemment, il y a la question du pétrole.  Depuis la révolution du parti politique Baas (Baath), les profits du pétrole financent les services publics en Irak.  Il est important de savoir que l'Irak était une société de plus en plus moderne au niveau de la santé, de l'éducation et où des femmes, dont plusieurs sont des universitaires, ont des emplois professionnels, etc.  Le peuple irakien peut prévoir que les É-U vont pousser pour une plus grande privatisation des profits du pétrole, peu importe ce que pourraient vouloir les gens.  Les argents du pétrole vont avoir cette étrange tendance à sortir du pays ; comme cela se fait ailleurs dans le monde.  À notre connaissance, par exemple, il n'existe plus une seule pétrolière colombienne en Colombie.  Les Irakien-nes peuvent se dire qu'on va leur imposer une autre forme de domination, car le nouveau système politique imposé risque de ne pas mener à un véritable contrôle démocratique de leurs ressources.

         Par contre, est-ce à dire que les gens en Irak sont totalement opposés à l'invasion des É-U ?  Le triste fait est que le peuple irakien se sent pris au piège, sans réel choix.  Les gens ont l'impression que si les É-U n'attaquent pas, la guerre économique (l'embargo) et les bombardements ne cesseront jamais.  Après 12 années de sanctions punitives et meurtrières chapeautées par les Nations Unies, les Irakien-nes se disent que, si les É-U n'ont pas ce qu'ils veulent, le monde va à nouveau les laisser mourir horriblement dans le silence.  Le désespoir de certaines gens en Irak est tellement profond, qu'ils se disent « finissez-en une fois pour toute avec votre guerre, imposez là votre volonté étatsunienne, mais laissez-nous le droit de vivre ».  Pour le peuple irakien, le régime de Saddam Hussein et le gouvernement des É-U sont tout deux des ennemis.  Pris entre Bagdad et Washington, les gens veulent juste que l'on cesse de leur faire la guerre.  Ce peuple ne veut aucunement se faire envahir par les É-U, mais tout a été fait pour que les Irakien-nes n'aient aucun choix.  Néanmoins, plusieurs sont tellement en colère contre les souffrances et les décès massifs causés par les politiques menées par les É-U ou, par principe, refusent totalement une invasion, qu'ils vont choisir de mourir au combat.  Il faut savoir que la majorité des Irakien-nes ont moins de quinze ans : ces derniers ont vécu dans un monde de bombardements américano-britanniques et d'isolement sous les sanctions.  En résumé, la plupart des gens ne sont ni tout à fait pour ni contre, car ils savent que les États ne les écoutent pas quoi qu'il arrive.  Essentiellement, dans les plans du gouvernement des É-U, le peuple irakien est complètement ignoré sauf dans les discours pour rallier les citoyen-nes étatsuniens ; ils sont les otages du conflit entre Bagdad et Washington.

 

- Un plan alternatif avec le peuple irakien et les Nations Unies

Si nous arrivons à arrêter cette invasion illégale, les gens en Irak ont-ils raison de craindre que nous allons les abandonner à des morts lentes et souffrantes sous des sanctions inhumaines et sous la dictature ?  La communauté internationale a certes été d'une irresponsabilité catastrophique et même criminelle vis-à-vis du peuple irakien, rendant possible ce contexte fou dans lequel les mensonges de l'administration Bush au sujet d'armes imaginaires et de « libération » ont su charmer le peuple des E-U.  Par contre, le mouvement populaire mondial contre cette guerre a affirmé haut et fort qu'il n'était plus question d'ignorer les souffrances du peuple irakien ; d'où moins espérons que ce sera le cas.

Au lieu de s'attaquer à une société déjà fortement blessée, à un pays qui n'est d'aucune façon une menace, mais qui est plutôt en pièces détachées, nous affirmons qu'il fallait un plan constructif qui pouvait réellement changer la situation en Irak de manière long terme.  Concrètement, cela signifie que les pays membres de l'ONU, dont le Canada, se devaient d'aider de manière urgente les gens en Irak à se reconstruire.  Nous sommes convaincus que si ces sanctions globales avaient été levées, si nous avions travaillé à renforcer les gens par des liens de coopération, d'entraide, de commerce menant à la reconstruction des infrastructures civiles (purification de l'eau, agriculture, système de santé, etc.), ce peuple aurait changé l'Irak.  Notons que cela n'empêchait aucunement l'imposition d'embargos ciblés directement contre le régime pas plus que des contrôles onusiens.  Au lieu d'une guerre illégitime, il fallait d'abord renforcer les gens pour ainsi réduire le pouvoir du régime autoritaire.  Considérant l'histoire, la culture et le bon niveau d'éducation du peuple irakien et le fait qu'il y a déjà eu une révolte populaire de 1991, nous sommes convaincus que le régime aurait été sur le point de tomber si une approche plus aidante ou constructive avait été appliquée de manière sincère et vigilante.  La société irakienne pouvait le faire de manière progressive ou encore de manière violente par un renversement, mais cela se devait d'être son choix et non le nôtre.  S'il y avait eu une révolte populaire, dont une révolte par les armes contre ce régime, la communauté internationale aurait eu le devoir de l'appuyer étant donné l'ampleur des crimes dudit régime.  Mais, dans les faits, les gens essayaient de lancer un cri d'alarme nous suppliant de mettre fin à une crise humanitaire, provoquée de toute pièce, qui rendait impossible la moindre organisation populaire. 

 

 

- Les enjeux et les motifs...

 

• Les dangers de conflagration et d'augmentation du terrorisme sont évidents :

Pour nous, le peuple irakien est une préoccupation suffisante pour être contre cette guerre mais, de plus, il y a d'autres conséquences graves qui dépassent l'Irak, qui concernent l'humanité, qui exigent de mettre un terme à de telles guerres impérialistes.  Par exemple, que va-t-il se passer en Palestine pendant que le monde regarde l'invasion à la télévision ?  Est-ce que Sharon va en profiter pour expulser des milliers de Palestinien-nes ?  Si cela arrive, nous croyons que la colère du monde arabo-musulman pourrait être tellement intense qu'il y aurait des gestes violents dans plusieurs pays.  De prime abord, les E-U qui envahissent un pays, et entrent dans l'ancienne cité arabe qu'est Bagdad, cela est déjà suffisant pour susciter des actes terroristes à travers le monde.  L'administration Bush sait très bien que cette guerre va augmenter le terrorisme mondialement ; cela fait de toute évidence partie de ses plans.  En effet, des attentats terroristes seront très utiles au maintien de sa propagande.

 

• Pourquoi douze années de sanctions économiques aussi cruelles ?

         Dès la fin des bombardements en 1991, il était flagrant que des centaines de milliers gens allaient mourir en plus si ces sanctions n'étaient pas levées.  De prime abord, nous considérons que rien ne pouvait justifier une telle politique qui consiste à faire souffrir tout un peuple.  Pour nous, il s'agit d'une violation massive et systématique des droits humains les plus fondamentaux, c'est-à-dire d'un crime contre l'humanité.  Étant donné qu'il n'y a aucune justification valable pour un crime contre l'humanité, ces sanctions étaient problématiques dès le début de l'après-guerre.

Les véritables intérêts des États qui ont insisté pour maintenir un embargo global aussi violent sont un des grands mystères de la vie, sauf qu'il est clair que les raisons officielles cachaient la vérité.  Notons que, depuis environ 1996, seulement quelques gouvernements ont exigé le maintien de cet embargo : États-Unis, Grande-Bretagne, Israël, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande (en ordre selon leur contribution politique et militaire à l'imposition de ces sanctions).  À l'origine, l'objectif était de forcer l'Irak à sortir du Kuwait, puis ces sanctions ont été laissé en place pour forcer le régime à obéir aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, surtout en matière de désarmement.  Toutefois, après quelques années, il est devenu clair qu'il était logiquement impossible pour l'Irak de prouver n'avoir aucune arme de destruction massive.  C'était là un beau piège de logique avec lequel justifier le maintien sans fin de ce type de sanctions globales.  L'essentiel, c'est qu'il était impossible de changer radicalement ces sanctions, encore moins de les lever, de manière légale étant donné les droits de véto des É-U et de la G-B au sein du Conseil de sécurité.  Pour ne pas insulter votre intelligence, nous n'allons approfondir le simple fait que, rationnellement, la question du désarmement total de l'Irak n'avait aucun sens considérant les quantités énormes d'armes de destruction massive que possèdent d'autres pays en particulier les É-U et l'Israël.

Ainsi, aucun État était assez fou pour proposer une résolution demandant la levée des sanctions, vu qu'elle serait bloquée par le droit de véto.  Très rare sont les pays qui ont même osé critiquer cette politique totalement incompatible avec l'esprit de la Charte de l'ONU.  Néanmoins, la France s'est permise d'affirmer les effets néfastes sur la population civile irakienne puis, vers 2000, l'Union Européenne a formulé des critiques officielles.

Des analystes européens[4] affirment que l'Israël considérait l'Irak comme étant, depuis les années 80, sa seule menace dans le monde arabe.  Les É-U étant alliés à l'Israël à plusieurs niveaux, nous croyons que le véritable but desdites sanctions étaient de maintenir l'Irak le plus faible possible, d'écraser la puissance montante qu'était cette nation, pendant plusieurs décennies.  Sans compter que d'autres alliés, principalement l'Arabie Saoudite, ont fait des milliards de profits pendant que l'Irak ne pouvait plus exporter de pétrole de 1990 à 1996.  Des profits qui enrichirent aussi certains Étatsuniens du monde pétrolier.  Ces sanctions étaient une manière à la fois économique et profitable de faire la guerre à l'Irak.

Toutefois, la légitimité de cet embargo global était presque totalement tombée vers 2002.  En effet, même des agences de l'ONU, surtout l'UNICEF, commençaient à le dénoncer de plus en plus et divers fonctionnaires onusiens militaient pour des changements importants.  Si ces sanctions avaient été levées de manière légale à travers le système de l'ONU, les contrats pétroliers auraient été signés avec la France, la Russie, le Viêtnam et d'autres, mais très peu avec les É-U et la G-B.  Il est difficile de dire si l'impossibilité de faire des profits avec le pétrole irakien était vraiment un enjeu crucial pour l'administration Bush, mais c'était fort probablement un des facteurs dans leur calcul.

 

• Les Nations Unies et le droit international versus la loi du plus fort...

S'unir mondialement pour la paix :

Qui est l'agresseur et qui est le pays en danger dans cette histoire.  L'Irak n'a pas formulé la moindre menace contre quiconque depuis 1990 et les pays autour disent bien que l'Irak n'est certainement pas une menace dans son état actuel.  En attaquant un pays aussi faible sans la moindre provocation, l'administration Bush déchire la Charte de l'ONU et, ce faisant, cela augmente gravement les risques de guerres à travers le monde.  En effet, la situation en Palestine n'est qu'un exemple parmi des dizaines.  C'est pourquoi une guerre d'agression (lire: non défensive) est nommée un crime contre la paix dans le droit international.

Nous croyons qu'il y a essentiellement deux grandes motivations derrière cette invasion de la part de l'administration Bush :

i) leur vision d'une sorte de guerre économique mondiale dans laquelle leur but est que les É-U demeurent la superpuissance économique

et ii) leur idéologie ou doctrine selon laquelle les É-U doivent s'imposer dans la politique internationale, doivent imposer leurs modèles économiques et politiques à toute l'humanité.  Pour ce faire, le système de l'ONU de négociation internationale, dans le respect du droit international, doit être écarté ou du moins faire exception pour les É-U.

Le fait est que les É-U ne sont plus tout à fait une superpuissance économique incontestable ; d'autres puissances telles la Chine, l'Inde et l'Union Européenne commencent à concurrencer effacement les capitalistes étatsuniens.  Dit très simplement, dans un monde de compétition sauvage, de type capitaliste, plus nous sommes loin en haut de l'échelle, plus nous accumulons des avantages, et plus nous sommes bas, plus nous y restons.  En bref, si des puissances économiques dépassent les É-U, alors cette nation tomberait en décroissance économique.  Il semblerait que l'administration Bush a fait le pari qu'il pouvait pistonner (donner un «boost») la puissance économique des É-U en contrôlant davantage les prix du pétrole, en s'imposant dans un nouveau gouvernement irakien.  User de sa force militaire envers et contre tous, c'est un signe que cette superpuissance est en crise.  Mais en plus de l'aspect pétrolier, il est question aussi d'imposer son modèle économique néolibéral (où l'État se désengage en privatisant les services) que l'administration Bush fusionne avec leur définition de ce qu'est une « démocratie ».  Concrètement, le peuple irakien sera libre uniquement de mettre en place des politiques compatibles avec le modèle politico-économique des États-Unis.

Nous faisons face ici à une superpuissance qui veut s'imposer à la communauté internationale avec sa force militaire.  Ainsi, Bush mène son pays vers une doctrine impérialiste incompatible avec l'esprit d'une communauté internationale où pourrait exister une justice internationale.  Pour la pensée impérialiste du gouvernement actuel des É-U, sa volonté nationale constitue le seul « droit international ».  Un véritable système de justice et de droit international suppose qu'il est appliqué à tous les pays, pauvres ou riches, petits ou gros.  Avec une superpuissance mondiale qui veut imposer sa loi, les Nations Unies peuvent se retrouver gravement affaiblies ou, à l'inverse, elles peuvent s'affirmer et isoler l'administration Bush.  En ce moment, il est possible de réclamer que soit convoqué une Assemblée générale de l'ONU qui, en vertu de la résolution d'Unification pour la paix (Uniting For Peace), a le droit d'assumer le contrôle politique d'une crise internationale.  Ce faisant, cette Assemblée de tous les pays membres pourrait exiger des É-U le retrait de ses troupes, l'envoi de casques bleus, le retour des inspecteurs et un plan urgent de reconstruction et d'aide humanitaire.

Il est encore possible d'intervenir — par des gestes de résistance non violente et avec l'Assemblée générale de l'ONU — pour exiger des Nations Unies un plan d'aide responsable et stratégique avec et pour le peuple irakien.  Il n'est pas trop tard, car le contrôle de l'Irak par les É-U peut se révéler très difficile ou même quasi impossible ; cela dépend de la réaction des gens en Irak.  En fait, avec ou sans la présence de l'armée étatsunienne en territoire irakien, les Nations Unies doivent assumer leur responsabilité humaine et nous devons les appuyer s'il y a lieu.  Considérant les priorités de l'administration Bush, ce sont les citoyen-nes du monde qui doivent financer de manière urgente l'aide humanitaire et de reconstruction.  Plus nous serons nombreux en Irak, moins les personnes civiles seront menacées par les armées étatsunienne et irakienne et plus le peuple irakien pourra réellement créer lui-même sa démocratie envers et contre les dominateurs que sont Saddam Hussein, George W. Bush et collaborateurs.



[1]  Pour une compilation de rapports officiels sur ces effets néfastes : www.droitvp.org/Irakblocus.html

[2] Comité international de la Croix-Rouge (Trad. libre), The ICRC in Iraq – fighting despair and disintegration (24-12-2002  ICRC Operational update)  .Disponible en ligne, voir www.droitvp.org/References.html - ICRC

[3] Sous-Commission de la promotion et de la protection des droits de l'homme des l'ONU, Situation humanitaire de la population iraquienne [Réaffirmation; E/CN.4/Sub.2/2002/L.7], 7 août 2002; 54e session, Pt.6.

[4]  Par exemple : Moreau Defarges, Philippe, Relations internationales, 1. Questions régionales

(Paris: Édition du Seuil, 1991 - Inédit Essais).